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« Afin de permettre aux femmes de prendre la place qui leur est due dans l’espace public, il faut d’abord leur donner l’occasion de dire “je”. Je veux marteler cette idée, car c’est une grille de lecture qui permet de comprendre tout le mouvement féministe actuel. #MeToo, c’était ça. C’était dire “moi”, c’était dire “je”. »[7][7] Présentes : Villes, médias, politiques… Quelle place pour les femmes ?, Lauren Bastide, Éditions Allary, 2020, Chapitre 3 : Présentes en résistance, Permettre aux femmes de dire « je », p197–198

Le design graphique féministe utilise les mots pour faire exister des récits et des formes dans l’espace public qui sont souvent omis par les médias traditionnels. Comme a si bien su le formuler Marie Dasylva[8][8] Marie Dasylva est une coach stratégique et auto-entrepreneuse française d’origine guinéenne mais aussi fondatrice de l’agence Nkali Works, pratique l’empowerment dans le but de venir en aide aux femmes racisées subissant des violences racistes et sexistes dans le monde du travail. sur la scène de Présent.e.s au Carreau du Temple : « On prend du pouvoir quand on commence à raconter nos histoires. […] Dans tout mécanisme d’oppression, il y a cette idée d’être privé de la possibilité d’énoncer soi-même son identité ».[9][9] Présent.e.s avec Lauren Bastide, conférence du 23 mai 2019 avec pour invitée Marie Dasylva

Ainsi, l’un des enjeux majeurs de la 4e vague, comme du féminisme en général, est de redonner le pouvoir de la parole aux femmes et aux minorités afin de diversifier les points de vue du paysage visuel français. C’est ce qui m’a incitée, ce 31 août 2020 au centre aquatique, à prendre mon portable et mon courage à deux mains pour créer un groupe réunissant l’ensemble de mes collègues sauveteuses, pour leur proposer de faire quelque chose. Et toutes, sans exception, ont répondu présentes. Nous avons rédigé ensemble un courrier de trois pages listant de manière non-exhaustive les remarques et comportements que nous avions eu à subir au cours de notre été.

Le design des messages

« Tout à coup, avec cette parole et avec mille autres, on pressentait à quel point le monde vu par les femmes est différent du monde que l’on nous vend tous les jours. »[10] [10]Sorcières, La puissance invaincue des femmes, Mona Chollet, Éditions Zone, 2018

Il est crucial pour le mouvement féministe de la 4e vague de s’approprier les mots afin de reprendre possession des récits. En cela, le design graphique constitue un outil précieux pour faire de nous à la fois les conteuses et les héroïnes de nos histoires. Ayant trop longtemps attendu qu’on leur laisse un peu de place, les féministes de la 4e vague n’attendent pas qu’on leur donne la parole : elles la prennent. Cette habitude a majoritairement été rendue possible et exacerbée par l’apparition du web et des médias sociaux comme outils de lutte. Grâce à ces médias horizontaux, les militant.e.s ont pu accéder à la parole publique sans avoir à dépendre de ce que Dominique Cardon nomme dans son livre[11][11] Culture Numérique, Dominique Cardon, Éditions les Presse de Sciences-Po, 2019. les gatekeepers, les gardiens du filtre médiatique. Saisissant l’opportunité de s’exprimer sans passer par des professionnels, les féministes publient leurs pensées sur internet sous différents aspects.

Ainsi, en 2012, c’est sous forme de blog qu’Anaïs Bourdet a fourni aux fxmmes francophones un espace mettant en lumière la violence du harcèlement de rue. Récoltant et publiant les phrases entendues par les fxmmes victimes des harceleurs, Paye Ta Shnek constitue un moyen de raconter ces mots souvent écœurants, bien trop imagés, et pourtant si courants pour les exposer à la vue de tous. Tout comme le courrier que les sauveteuses et moi avions rédigé, le blog et l’édition de Paye Ta Shnek sont dépourvus de commentaires, se contentant de citations suivies d’une localisation. « Tu suces pour un Kinder ? » à Montpellier, rue de Verdun, « Yo, toi, j’te la glisse bien entre les cuisses. » à Rennes, rue des Fossés, ou encore « Monte sur ma tour, tu verras ta maison » à Strasbourg. Leur simple énumération et accumulation, presque scientifique, par catégories est très impactante et glaçante . Aucune illustration, aucune annotation, simplement le harceleur et sa perversité mis en lumière. Seuls, dans une fonte linéale imprimée en bleu ou rose sur fond blanc, ces mots nous frappent par leur violence.

On constate le même effet lorsque les colleur.euse.s féministes collent depuis 2019 les noms des fxmmes victimes de féminicides sur les murs des villes. Lire le nom de ces personnes ainsi que les circonstances dans lesquelles elles ont été assassinées par leur conjoint, informations relevant du domaine « privé », viennent se confronter à l’espace public qu’est la rue. Les lettres sont écrites en majuscule à la main, une par feuille A4 et on ne peut s’empêcher de penser en les voyant que c’est peut être des membres de la famille de la victime qui les ont faites pour lui rendre un dernier hommage. Ainsi, l’esthétique bricolée et manuelle des slogans des Collages Féministes permet une transmission plus efficace des messages. Ces vécus de fxmme incrits illégalement sur les murs des villes de France permet non seulement de dire aux personnes problématiques « on vous voit » mais également de dire aux autres victimes et aux autres fxmmes « Tu n’es pas seule, le problème ce n’est pas toi. » Les colleur.euse.s s’approprient aussi les violences subies par les fxmmes pour les recycler et en faire le fer de lance de leur combat. Elles empêchent les noms des victimes de tomber dans l’oubli en l’imposant à la vue de tous. D’abord intrigué ou choqué, le public a fini par reconnaître l’esthétique caractéristique des collages qui se sont répandus dans toutes les agglomérations françaises. Le mouvement des Collages s’est par la suite complexifié avec des slogans de plus en plus divers dans son approche du féminisme en s’étendant au sujet du harcèlement de rue, de la culture du viol, la transphobie et l’homophobie, etc. Se coordonnant sur les réseaux sociaux, par villes, et publiant les résultats des sessions sous forme de photos sur Instagram, les membres de ces collectifs s’empruntent continuellement les slogans pour par la suite les réinterpréter. Cela confère une concordance à l’intégralité du mouvement tout en lui permettant d’évoluer. C’est cette violence d’exécution et cette spontanéité qui m’ont percutée lorsque je voyais leurs réalisations circuler sur les réseaux sociaux.

C’est finalement les illustrations de Blanche Sabbah et les photographies de Tay Calenda qui m’ont profondément touchée en offrant leur point de vue sur les colleur.euse.s, notamment parisiennes, et leurs actions. Les séries de Tay Calenda sont remplies de sororité et j’ai senti en les découvrant que je touchais enfin à une communauté qui me comprend. L’illustration La révolution sera féministe ou ne sera pas postée sur Instagram par Blanche Sabbah (@lanuitremueparis) m’a finalement convaincue et je me suis jointe aux colleur.euse.s palois⋅es en 2020. Intégrer ce mouvement constitue aussi un outil incroyable d’empowerment puisqu’il s’agit pour les fxmmes de se ré-approprier, non seulement l’espace public, mais aussi le monde de la nuit. Arpenter les rues de la ville plongées dans l’obscurité aux côtés de nos adelphes procure la sensation de s’approprier enfin des espaces dans lesquels fxmmes et minorités ne sont pas souvent les bienvenu.e.s. Les lettres que nous collons alors sur les murs deviennent des traces et des preuves de notre passage et de notre légitimité à nous y trouver. Ces mots et ces slogans ont un impact et une résonance indéniable au sein de la société, positive comme négative. Il arrive que nous soyons applaudi.e.s lorsque nous collons ou que nous soyons insulté.e.s voire agressé.e.s. On nous reproche de passer par l’illégalité et le vandalisme pour raconter nos histoires « sans intérêt ». Mais quelle meilleure preuve de leur importance que l’acharnement de nos opposants à les arracher des murs ? Ces lettres pourtant si simples les dérangent tellement qu’ils essaient de nous empêcher de les faire exister, en les faisant disparaître ou en tentant de nous dissuader de les créer par la peur. Pourtant, nous les refaisons, inlassablement, recouvrant et arrachant au passage les créations graphiques de la Manif Pour Tous. Le design graphique constitue alors le nerf de cette guerre d’affichage. Devenant, entre les Colleur.euse.s et les groupes à pensées conservatrices, un vecteur de provocation et de riposte.

Ces deux dernières notions, « caractéristiques des stratégies des fxmmes rebelles de la 4e vague»[12][12]Les armes numériques de la nouvelle vague féministe, Divina Frau-Meigs, theconversation.com, 12 février 2018, sont également visibles sur le web où se mettent en place la force du partage, du hashtag et des liens faibles. Théorisé en 1973 par le sociologue Mark Granovetter, Le Pouvoir des liens faibles distingue deux types de liens entre les individus sur les réseaux sociaux : les liens forts (relations stables comme la famille ou les amis, les institutions, etc) et les liens faibles (un réseau fluide de contacts occasionnels, forgé au gré des rencontres et des échanges). Ces derniers permettent aux individus l’accès à plus d’informations dans la mesure où les personnes dont ils sont éloignés évolueront dans des cercles sociaux très différents de leur zone de confort. Dans son article Les armes numériques de la nouvelle vague féministe, Divina Frau-Meigs explique très bien comment, par « une pratique militante distribuée et collective », la 4e vague féministe « joue de la réciprocité des liens faibles, en faisant appel à des influenceurs et influenceuses capables d’en mobiliser d’autres ». Usant de leur notoriété, des stars comme l’actrice Adèle Haenel ou l’autrice Virginie Despente « parlent en cascade » en racontant leurs histoires et incitent ainsi d’autres stars ou des inconnu.e.s à faire de même.

Conscient.e.s de leur notoriété et de l’importance de communiquer sur leurs actions, les militant.e.s des Colleur.euse.s soignent leur image en ligne en publiant des photos parfois unifiées par la même intention graphique. Le compte des Colleur.euse.s de Pau, par exemple, forme ainsi un feed entier de prises de vue en noir et blanc. Leurs comptes publics comportent souvent un logo créé par l’un.e de leurs membres et partage régulièrement les œuvres des groupes d’autres villes ou d’autres collectifs. Les colleur.euse.s sont d’ailleurs particulièrement représentatif.ves de la nouvelle génération de féministes dans la mesure où iels sont en majorité natif.ve.s d’internet. En effet, iels comprennent et maîtrisent parfaitement les enjeux des réseaux sociaux et ont souvent appris à maîtriser les outils numériques en autodidacte.

C’est ainsi que la 4e vague féministe a vu émerger un nouveau profil de militante : celui de la communiquante [13][13] Faire des vagues, Les mobilisations féministes en ligne, Josiane Jouët, Katharina Niemeyer et Bibia Pavard, Réseaux 2017–1 (N°201), Pages 21 à 57. Prenant possession des outils d’autopublication et de partage, cette dernière exploite l’architecture horizontale d’Internet pour s’affranchir des décideurs traditionnels de ce qui existe dans l’espace public. Très sensible au visuel, les médias sociaux favorisent les profils de personnes capables de créer du contenu pensé graphiquement. On voit alors les féministes développer des militantismes en et hors ligne qui se répondent et s’entrecroisent. Là où les combats de la 1re et la 2e vague se faisaient exclusivement dans la rue et la presse, la 3e et surtout la 4e vague mènent une lutte à double front pour faire exister les récits de fxmme dans l’espace public physique comme virtuel. L’artiste, autrice et militante Julia Piétri incarne en ce sens parfaitement le profil de la communiquante. Fondatrice du Gang Du Clito et des éditions féministes Better Call Julia, elle crée et met à disposition sur le site internet du collectif des affiches et des fiches pédagogiques sur le clitoris. Apparu dans les manuels scolaires pour la première fois en 2018 seulement, cet organe sexuel féminin souffre beaucoup de l’ignorance et de la désinformation à son égard. Malheureusement on se contente bien trop souvent de dire aux petites filles qu’elles ne possèdent qu’un « trou » entre les jambes tandis qu’on donne un cours et des schémas détaillés du pénis aux élèves de quatrième. C’est à cela que Julia Piétri tente de remédier en laissant sa célèbre série d’affiches, dont on notera la référence à La Trahison des images de René Magritte, en téléchargement libre au même titre que les fiches pédagogiques. Julia Piétri permet ainsi à n’importe qui d’imprimer ses créations pédagogiques et d’en faire un affichage sauvage au cœur de la ville pour imposer ces mots dans l’espace public. Les couleurs voyantes ainsi que le design dynamique et illustré des affiches attirent le regard du passant distrait. Autour des schémas viennent graviter des mots comme « bulbe », « pilier », « gland » du clitoris ou encore « corps caverneux érectile », termes trop souvent occultés des manuels scolaires. Ainsi, la militante parvient à raconter une part très importante de la sexualité des fxmmes et à communiquer à son sujet pour lutter contre la désinformation notamment chez les prochaines générations.

Là où It’s not a bretzel lutte pour la démocratisation des représentations scientifiques des corps et des organes sexuels féminins, la campagne d’affiches sauvages couplée au hashtag #AutriceDansleDico utilise le design graphique pour traiter de la visibilisation des fxmmes au sein même de la langue française. Il est en effet difficile de les mettre en lumière, dans leurs pensées comme dans leur physicalité, sans pouvoir les nommer ni les connaître. #AutriceDansleDico se donne à voir autant dans la rue que sur Internet. Imprimés en réserve de blanc et encre noire sur un fond fluo en ton direct, seuls quatre mots y sont inscrits dans une police scripte. Le mot autrice, féminin de auteur, est mis en parallèle avec le couple acteur/actrice, utilisé au quotidien dans la langue française afin d’en légitimer l’existence. Pourtant inventé à la Renaissance et possédant des origines étymologiques latines remontant jusqu’au 1er siècle de notre ère [14][14] Autrice, la très vieille histoire d’un mot controversé, Camille Renard, franceculture.fr, 14 mars 2019, le mot autrice est le fruit d’un débat de grammaire depuis des siècles. Beaucoup considèrent le mot auteure comme le réel féminin d’auteur mais la plupart des féministes ont tendance à lui préférer autrice dans la mesure où ce dernier marque davantage le féminin dans la phrase. C’est encore une fois une question de visibilisation des fxmmes traduit par ce poster qui vient imposer l’existence de ce mot féminin à la vue de tous. Malgré le nombre de gens en niant encore l’existence, ces affiches imprimées en série très limitée, collées à la va-vite, trônaient sur le mur proche d’une célèbre maison d’éditions. Leur simple existence dans cet espace public, loin d’être choisi au hasard, aura suffit à succiter une prise de parole de la part de la maison d’éditions sur les réseaux sociaux, arguant être l’un des seuls distionnaires français à mentionner le mot « autrice ». Passer par l’espace public palpable qu’est la rue permet alors aux millitant.e.s féministes d’introduire ce genre de sujets au cœur du débat public virtuel, et inversement.

On retrouve souvent dans la 4e vague cette importance de nommer les choses pour enfin briser les tabous et les non-dits qui font tant de dégâts. Il est capital de s’approprier notre vocabulaire pour énoncer clairement nos points de vue et nos récits. Et le design graphique est là pour les rendre visibles, ces mots qu’on ne voit pas assez. Il les fait éclater, les valorise tout en les vulgarisant. Ce n’est pas sans évoquer les posts de Camille Aumont Carnel sur son compte à 700 000 abonné.e.s : @jemenbatsleclito. Il n’est déjà pas anodin que nous retrouvions le diminutif clito dans son pseudonyme comme dans le nom du collectif du Gang du Clito ou encore la mini-série documentaire et le compte Clit Révolution (120 000 abonné.e.s à ce jour) qui illustre parfaitement cette volonté de démocratiser des termes tabous. Témoignant de l’aspect volontairement provocateur de la 4e vague, les militant.e.s s’amusent des non-dits de notre société en les ignorant ou en les tournant en ridicule. Iels les brisent en livrant librement leurs récits sans avoir à museler leur vocabulaire. La créatrice de @jemenbatsleclito s’est donc fait une spécialité de dire les choses sans passer par quatre chemins. « Péter en levrette », « La p’tite prière interne avant d’utiliser le rasoir pour ta teuch » ou encore « La mouille qui change d’odeur et de goût en fonction du cycle on en parle ? », elle ne s’interdit aucun sujet et les aborde sans aucune gène. Ses posts se présentent tous exactement de la même manière : la même police en majuscules sur le fond uni beige encadré d’un fin liseret rouge les rendent reconnaissable entre mille. Ce design, rendant impactant et original ses publications, confère également une unité graphique à son compte. Les mots qu’elle emploie sont un petit peu « trash » lorsque l’on n’est peu habitué.e mais elle a le mérite de faire un immense travail pour enfin délier les langues. C’est en partie grâce à l’existence de ce compte que mes amies et moi, en grandissant, nous sommes habituées à parler de sujets traditionnellement tabous de manière très crue, nous épargnant de tourner autour du pot. C’est quelque part grâce à @jemenbatsleclito que je réponds naturellement « Je changeais mon tampon » à mes collègues qui me demandent pourquoi j’ai passé cinq minutes aux toilettes au lieu de deux. C’est la répétition de ces posts, toujours semblables, aux réflexions pleines d’honnêteté, qui a permis à beaucoup de jeunes fxmmes de s’approprier le vocabulaire pour parler de leur vécu sans en rougir.

Cela m’évoque l’une des dernières créations d’Anaïs Bourdet, le compte @sissislafamille, dans lequel elle publie les histoires de sororité que ses abonné.e.s lui font parvenir. Contrairement au compte précédent, les posts ne sont pas tous foncièrement identiques mais, encore une fois, la fonte utilisée ainsi que la mise en page ne varient pas. Seul le camaïeu de couleurs chairs se dégrade pour compléter l’identité visuelle.

On reproche régulièrement aux militant.e.s féministes, LGBT ou anti-racistes de vouloir imposer leur point de vue dans l’espace public. Je passerai sur l’ironie de faire un tel reproche à des communautés subissant l’omniprésence des dominants dans tous les médias existants au quotidien et j’ajouterai que c’est justement parce que ces points de vue sont absents du grand récit national qu’il est nécessaire de rétablir une notion d’équilibre. Beaucoup stigmatisent ces vécus et ces identités car ils ne les entendent pas.« Je hais les hétéros qui pensent que leurs histoires sont « universelles » mais que nos histoires ne sont qu’à propos d’homosexualité. » […] « Je hais les hétéros qui disent »Je ne comprends pas pourquoi tu ressens le besoin de porter ces badges et ces T-shirts. Je ne vais pas partout dire au monde entier que je suis hétéro, moi" peut-on lire dans le Queer Nation Manifesto écrit par les millitant.e.s de la branche newyorkaise d’Act Up en 1990. Vous l’aurez deviné, le design graphique se trouve encore au cœur de ces problématiques de revendications. Sur les affiches, les t-shirts, les badges, les blogs, etc, il permet aux militant.e.s de communiquer, d’éduquer et de s’exprimer enfin. La journaliste et millitante Alice Coffin s’est vue refuser l’écriture d’un article à propos du mariage homosexuel en raison de son homosexualité. En effet, elle serait trop « concernée » et ne pouvait donc pas appliquer la « neutralité » exigée d’un.e journaliste. On ne refusera pourtant jamais l’écriture d’un tel article et sur le même motif à un journaliste marchant le dimanche à la Manif Pour Tous. Seule la minorité peut-être biaisée, lorsque seule les dominants placent le curseur de la fameuse neutralité.

Sur l’une des affiches en libre accès sur le site de OuiOuiOui est inscrit : « Homophobes = Ignorants ». L’ignorance, c’est effectivement de cela dont il s’agit, et les millitant.e.s tentent de toutes leurs forces de lutter contre ces a priori. « Je n’ai pas envie que les femmes soient là, pour l’éternité, à raconter leur viol, écrit Lauren Bastide. Je veux qu’on parle avec les femmes de science, de musique, de philosophie ! Mais, avant, il faut que nous ayons cette conversation. Il nous faut remettre dans l’espace public tous ces mots dont nous avons été privées pendant des siècles. » C’est ce que les trois premières vagues féministes avaient entamé et ce que poursuit la quatrième en exploitant les médias papiers couplés aux médias numériques. En plus de leurs histoires, iels tentent, pédagogiquement ou non, de lutter contre les stéréotypes qui se trouvent encore bien trop à la racine de toutes ces violences.

Détourner les formes typographiques

« La première linogravure que j’ai réalisée disait « salopes en colère ». Voilà ce qui est sorti spontanément. Ça m’a fait du bien, […] alors j’ai compris que j’avais trouvé mon truc : me servir de cette violence pour la vider de son sens. Ne pas laisser les autres me définir». [15][15] Présentation du projet Mauvaise Compagnie, Anaïs Bourdet, mauvaisecompagnie.fr, 2019

« Nous créons un monde où chacun, où qu’il se trouve, peut exprimer ses idées […] sans craindre d’être réduit au silence ou à une norme. » avait écrit en 1996 l’essayiste John Perry Barlow dans sa célèbre Déclaration d’indépendance du cyberespace. On peut être attendri.e et amusé.e de lire ces mots aujourd’hui, avec le recul que nous avons sur ce qu’est devenu par la suite Internet. Bien que très jolie, cette Déclaration d’indépendance n’en reste pas moins naïve au regard de ce que vivent les fxmmes au quotidien au sein de cet espace qui, d’après les cyberféministes de la 3e vague, constituait la promesse de pouvoir évoluer sans être ramenées à leur genre. Dépourvu d’existence physique, le cyberespace ne connaîtrait ni les corps ni les discriminations.

Cette belle utopie est malheureusement bien loin derrière nous aujourd’hui quand on constate l’ampleur du phénomène de cyberharcèlement dirigé contre les fxmmes et les minorités. Les militant.e.s féministes sont particulièrement touché.e.s par ce phénomène pour la simple et bonne raison qu’iels livrent à la vue de tous les récits de fxmmes sur les réseaux sociaux. Iels se spécialisent alors dans l’art de forcer la discussion autour de ces problématiques à avoir lieu. Iels s’exposent pour lutter contre les stéréotypes mais se heurtent à des centaines de milliers de haters et/ou trolls les insultants et les menançants de viol, de mort, voire les deux. Connue pour le projet Paye Ta Shnek, Anaïs Bourdet a malheureusement fait les frais de ce nouveau produit du patriarcat. Continuellement cyberharcelée depuis des années, elle a trouvé la force de s’approprier les messages de ses haters pour en faire quelque chose de positif. En tant que designer graphique, elle a ainsi récolté les insultes qu’elle recevait, les a traitées graphiquement pour les réinsérer dans le paysage visuel sous forme d’affiches, d’autocollants ou de tote bags sérigraphiés. Elle les revend ensuite dans le cadre du projet Mauvaise Compagnie et en fait bénéficier des associations militant contre le cyberharcèlement, le harcèlement de rue, ou tentant de faire entendre les voix des fxmmes racisées. Pétasse moraliste, Propagande misandre, Femelle ingrate, Dictature clitoridienne, Hystérique radicale ou encore Sorcière vegan : elle s’est approprié toute cette violence pour la recycler et en faire bénéficier la cause, permettant à d’autres millitantes d’arborer fièrement le pin’s Féministe de merde entouré d’un cœur sur leur sac. Un geste dont on sous-estime l’importance, les femmes ayant eu, pendant des décennies, honte de se revendiquer féministes.

Ce projet s’inscrit ainsi dans la veine de la réappropriation de termes insultants par les communautés discriminées. Un célèbre exemple est celui du mot queer signifiant « bizarre, étrange », employé comme insulte aux États-Unis pour désigner les personnes s’éloignant trop des moules genrés de la société. Par la suite, dans un magnifique pieds de nez aux normes patriarcales, les membres de la communauté LGBT+ se sont réappropriés ce terme pour en faire l’étendard de la fierté des gens anormaux. Iels l’ont notamment utilisé et décliné sous toutes les formes dans le slogans « We’re here. We’re queer. » (« Nous sommes là, nous sommes queers/bizarres »). Plus récemment, on peut remarquer la réappropriation de l’expression bad bitch (mauvaise pute) en anglais, aussi très utilisée en France au sein de la cyberculture. A l’origine employé pour insulter les fxmmes, ce terme est aujourd’hui énormément reppris sur les réseaux sociaux pour figurer une femme forte qui ne se laisse pas marcher dessus, comme le montre la tendance Tiktok accolant des extraits de films ou de séries montrant une action forte et marquante d’un personnage féminin, le tout sur les paroles « Go bad bitch, go bad bitch ah ! » de la chanson Bundles de Kayla Nicole.

Le détournement par les féministes des termes insultants ou chargés de reproches à leur égard pour les utiliser dans leurs supports de communication est très courant : le projet Mauvaise Compagnie que nous venons de voir, le podcast féministe Mécréantes créé par Léane Alestra ou encore le marché de Noël millitant Troubles-Fête, je citerai même le titre du livre de Pauline Harmange Moi les hommes je les déteste. Cette appropriation passe en grande partie par le traitement typographique donné aux différents termes, qui permet de souligner le sarcasme ou l’aspect revendicateur de leur utilisation. Tantôt élégantes, délicates ou d’une force assumée, les fontes utilisées au sein du design féministe jouent un rôle très important. Même les lettres griffonnées par les Colleur.euse.s et les manifestant.e.s sont empreintes de messages et de design. En effet, « Même si la plupart de ceux qui fabriquent des pancartes et bannières pour des marches ou manifestations ne se considèrent pas comme designers graphiques, c’est exactement ce qu’ils deviennent… »[16][16] Des lettres dessinées à voix haute : Typographie et protestation moderne, Emily Gosling, monotype.com, 19 août 2020. Ainsi, « faites de colère et de tristesse », chaque lettre incarne à la fois un témoignage personnel et la lutte d’un mouvement entier, le tout s’inscrivant dans un contexte particulier. Bien qu’étant de complets amateur.rice.s, les militant.e.s se changent alors tou.te.s malgré iels en designer graphique pour penser graphiquement leurs interventions dans l’espace public réel comme virtuel.

Les fontes utilisées par les féministes s’inscrivent souvent dans la même ligne que les polices de caractère activistes utilisées par de nombreux mouvements de manifestation (Black Lives Matter, Youth for Climate, etc). On retrouve ces linéales en capitales et aux fortes graisses sur bon nombre d’affiches et de publications, des posts viraux de NousToutes sur les réseaux sociaux, aux affiches du collectif OuiOuiOui, en passant par les pages de la revue féministe La Déferlante. Ces mêmes polices nous sont famillières car nous avons l’habitude de les croiser dans le contexte des mouvements de protestation contemporains comme les posts de Black Lives Matter, les campagnes de Greenpeace ou même les publications des Gilets Jaunes. On peut alors reprocher ce manque d’originalité aux communiquant⋅es féministes qui réutilisent des codes existants « sans chercher plus loin ». Or, même si cela reste critiquable, le fait de s’approprier ces normes s’expliquent par la volonté d’être facilement identifiable par le public comme une publication à caractère revendicatif. De plus, l’absence d’identité visuelle particulière devient parfois une force : tout le monde peut ainsi s’approprier ces messages. C’est d’autant plus visible sur le web, dans lequel tout circule si vite. Les internautes peuvent s’identifier à ces publications militantes et les partager à leur gré ou les détourner. Cela explique pourquoi les mêmes féministes d’Anna Toumazoff s’inscrivent parfaitement dans les codes visuels de la culture mèmesque. Cependant cette uniformité typographique dans les mouvements protestataires est symptomatique de l’uniformité typographique du paysage visuel français dans son ensemble. En effet, on y constate l’omniprésence des codes graphiques instaurés par le Style International Suisse au sein du design graphique. Éléments géométriques, utilisation poussée de la grille, préconisation des fontes sans empattement et rejet de l’ornementation constituent donc la base des codes graphiques répandus dans le monde entier depuis près de soixante-dix ans. Les polices de caractère et les mises en pages fantaisistes sont donc depuis bien longtemps méprisées au profit de la sainte “neutralité”. La valorisation de cette dernière relèverait en réalité de tout sauf d’une objectivité impartiale. « Ces formes n’ont pas été dévalorisées par hasard ou selon les règles d’un bon goût universel immanent, mais parce qu’elles sont associées à des pratiques, des groupes et des communautés marginalisées par le champ du graphisme. Le travail des fxmmes, les classes « inférieures » (esthétiques kitsch, vulgaires), les cultures « non-occidentales »… » écrit à ce propos Loraine Furter dans la revue Le Signe Design.[17][17] Voix intersectionnelles, féministes et décoloniales dans le champ du design graphique, Loraine Furter, LSD n°1, A feminist issue, Septembre 2020, p46–47

Ce rejet délibéré des esthétiques « féminines » ou issues de minorités est symptomatique du manque de diversité au sein des métiers du graphisme. Je constate cependant, après 5 ans d’études dans ce domaine, la majorité écrasante de fxmmes aspirant au métier de designer graphique, de directrice artistique ou encore de chargée de communication. Pourtant, les fxmmes sont absentes ou extrêmement minoritaires au sein des articles, des références de livre, des figures médiatisées et même des cours portant sur le design graphique. « Rassurez-vous, GraphistEs, l’histoire vous fera disparaître rapidement[18][18] Dispar(être), Le plomb de la transparence, Vanina Pinter, Juillet 2018. » La lecture de cette phrase de Vanina Pinter au cours de mes recherches m’avait glacé le sang. Elle explique au sein de Dispar(être) de quelles façons les femmes, non seulement sont évincées de l’Histoire par les récits des dominants, mais également, par le fruit d’une éducation faisant l’apologie de la discrétion féminine couplée à une misogynie intériorisée, elles s’effacent d’elles-mêmes. N’osant même pas rêver qu’elles puissent prétendre à mieux, ne s’imposant pas, conditionnée à souvent délaisser leurs ambitions professionnelles au profit du soin de la famille. Comme le martèle Vanina Pinter, « l’anonymat court dans les veines des graphistEs. »

La situation est encore plus désastreuse en ce qui concerne les représentations des minorités ethniques dans le métier de designer graphique. Je ne suis malheureusement pas parvenue à mettre la main sur les chiffres français, mais le graphiste Tré Seals explique au sein du projet Vocal Type Co que prêt de 84% des designers américains sont blancs. « Ce manque de diversité en termes de race, d’ethnicité et de genre a mené à un manque de diversité dans les pensées, les systèmes (éducatifs par exemple), les idées, et plus important, dans les créations. » ajoute-t-il.[19][19] Propos de Tré Seals pour le projet Vocal Type Co, cités par Loraine Furter dans son article Voix intersectionnelles, féministes et décoloniales dans le champ du design graphique, LSD n°1, A feminist issue, Septembre 2020, p46–47

C’est cette place au sein du paysage visuel que Charlotte Attal tente de s’approprier à travers sa pratique du design graphique. Designeuse et artiste, ses recherches portent principalement sur la thématique de l’identité que l’on trouve au cœur de son projet Kitaba, traitant de son rapport au plurilinguisme et au pluriculturalisme sous forme de recherche typographique. D’origine maghrébine, Charlotte Attal possède une véritable curiosité pour les lettrages arabes, qu’elle ne maîtrise malheureusement pas. Elle a ainsi pensé la fonte Kitaba pour qu’elle constitue une « fonte arabe détournée en français », usant de l’alphabet latin dont les formes sont inspirées d’Helvetica, tout en imitant les courbes de l’alphabet arabe. Elle parvient ainsi très bien à s’approprier les codes du design contemporain couplés à la culture dont elle est l’héritière en s’emparant de son alphabet et de ses éléments graphiques. Elle explique sa démarche de visibilisation de la transmission de l’alphabet arabe au cours de la conférence Nourrir le design graphique: transmissions féministes et décoloniales avec Loraine Furter.

Toujours sur le thème de l’identité et de la typographie, cette dernière évoque à son tour la réflexion qui l’a menée, il y a 6 ans, à créer Libre Fonts By Womxn. Constatant l’absence de fontes open source dessinées par des fxmmes dans le paysage visuel contemporain, elle a d’abord pensé ce site comme un outil personnel les regroupant. Dans la logique de ces travaux open source, elle l’a par la suite mis en ligne et a été très surprise de l’engouement qu’elle a suscité. Elle a poursuivi cette idée de ré-appropriation de la visibilité au sein du domaine typographique avec le Projet Multiscriptes aux côtés de la designeuse graphique arménienne Garyn Goktian. Elle-même issue de la quatrième génération d’immigrés de la diaspora arménienne, Loraine Furter souhaite ainsi lutter contre la disparition progressive de l’alphabet arménien dont les fontes sont en nombre limité. Elle ajoute à quel point elle trouve le terme de « scriptes non-latins » particulièrement horrible, marginalisant les fontes « non-occidentales », l’obligeant à fouiller pour accéder à ces caractères, et instaurant une fois de plus la vision occidentale comme la norme. On assiste à l’omniprésence du scripte latin en même temps qu’à la disparition et au désintérêt vis-à-vis d’autres scriptes. Loraine Furter et Garyn Goktian ont alors sollicité plusieurs intervenantes spécialisées en scriptes chinois, arméniens, arabes, etc, dans le but d’imaginer une co-existence des différents alphabets plutôt que la dominance et l’ethnocentrisme d’un seul.

Là où de nombreuses productions féministes s’emparent des codes typographiques issus du Style International Suisse, d’autres les détournent complètement pour créer des esthétiques en totale opposition. Face à la neutralité et l’épuration des typographies et des mises en page, on assiste au fleurissement de fontes sophistiquées, à empattement, accompagnées d’éléments ornementaux voire illustratifs, etc, dans le but de s’approprier de nouveaux codes graphiques. J’ai été particulièrement marquée par la découverte de la police de caractère Typefesse dessinée par Océane Juvin et qui, comme son nom l’indique, combine les formes et le vocabulaire de l’alphabet et du corps. La designeuse joue avec la perspective du regardant qui « devient également voyeur » face à ces corps qui se contorsionnent, tantôt se révèlant, tantôt se dissimulant, pour nous donner à lire le texte.

C’est dans cette idée de s’inspirer des corps qu’elle me rappelle Poufstar, créée par Alice Strub, en assumant pleinement le parti pris féministe de cette démarche. Partie d’un caractère moderniste, elle en a fait enfler les lettres et y a ajouté des ornements pour un effet scintillant. Ainsi, par ces lettres rondes aux forts contrastes, elle s’est éloignée des standards de typographies en vigueur « comme pour figurer ce besoin de prendre la parole, de prendre la place, d’affirmer un corps, des formes mais aussi une culture, une esthétique girly englobant les formes arrondies, plus douces et des étoiles [20][20]Poufstar, plateforme Orbe, orbe.hyperhydre.fr, Alice Strub. » Plutôt que d’en avoir honte, Alice Strub « souhaite revendiquer ces stéréotypes et cette culture aliénante, en faire une force […] et s’opposer aux diktats de la typographie moderniste et paternaliste. »

Je ne peux m’empêcher de remarquer que de plus en plus de designeuses graphiques tendent à embrasser cette fameuse esthétique girly dont le rejet habituel est le fruit du rejet machiste de tout ce qui peut être attribué au féminin : quelque chose de futile, sans intérêt et sans profondeur. Mais sans en arriver jusque là, beaucoup sont les designeuses s’éloignant des standards du Style International. Par exemple, l’application Tapage voit souvent ses visuels accompagnés de typographies très différentes des linéales auxquelles nous sommes habitué.e.s, entourées de toutes sortes d’ornementations et mise en forme. Beaucoup de féministes forcent volontairement le trait girly de leurs créations pour revendiquer cette identité féminine stéréotypée, si longtemps dépréciée, grâce à l’utilisation poussée à l’extrême du rose et du kitsch. Le travail de Roxanne Maillet en est un parfait exemple. Textures, effets de profondeur, dégradés, ornements étoilés, fontes biscornues, les visuels qu’elle crée sont riches d’éléments et offrent un regard nouveau sur le design graphique. Ce regain d’énergie se différencie largement des mises en pages neutres auxquelles nous sommes habitué.e.s.

Roxanne Maillet est elle-même membre de la collective Bye Bye Binary, fondée en 2018, devenue la référence en matière de fontes féministes et dont l’objectif est la recherche autour de polices de caractère inclusives. En effet, à une époque où l’écriture inclusive est encore vivement critiquée, cet atelier de création se l’approprie totalement pour l’enrichir et l’incorporer au quotidien dans le design graphique. Ses membres s’amusent des codes typographiques, exploitant tantôt les standards du Style International, forgé par l’entre-soi masculin, pour y insuffler l’inclusivité qui lui manque, ou s’en éloignant volontairement pour créer quelque chose de diamétralement opposé. « Si la valorisation de certaines formes graphiques nous invite à faire certains choix, et à reproduire (et valoriser à notre tour) certaines esthétiques, ce même processus de faire des choix peut aussi devenir un outil pour créer d’autres représentations. » a ajouté Loraine Furter dans Le Signe Design n°1 [21][21] LSD n°1, A feminist issue, Voix intersectionnelles, féministes et décoloniales dans le champ du design graphique, Loraine Furter, Septembre 2020.. La collective de Bye Bye Binary ainsi que l’ensemble des travaux que j’ai évoqués dans cette partie participent activement à changer les représentations au sein du langage, du design des messages mais aussi celui des polices de caractère. Cette démarche s’étend également aux autres domaines et enjeux du design que sont les images.